Retrouver une sexualité après un accouchement

Stress, fatigue, appréhension, absence de libido…

Après un accouchement, ça n’est pas toujours simple de renouer avec une intimité sexuelle. La faute aux hormones ?

Oui, mais pas seulement. Le point avec Charlotte de Buzon, sexothérapeute à Nouméa.

Pourquoi le retour à la sexualité est-il (si) difficile ?

Jusque trois semaines environ après l’accouchement, la femme est soumise à de grandes variations corporelles et hormonales, dont l’une des conséquences est le fameux « baby blues ». La zone pelvienne s’est modifiée durant la grossesse et reste encore très sensible, parfois douloureuse en cas d’épisiotomie. La femme doit donc réinvestir cette zone qui a été celle de l’enfantement. À la peur d’avoir mal lors d’un rapport, vient s’ajouter le manque de libido. Cette absence de désir, plus ou moins importante selon chacune, tient en grande partie à la sécrétion de la prolactine, cette hormone anti-désir, indispensable à la lactation. Quand elle est sécrétée, elle entraîne une chute de la dopamine, l’hormone responsable de la libido.

La baisse de désir est donc inévitable ?

À défaut d’être inévitable, elle est difficilement contournable ! L’arrivée d’un bébé a obligatoirement des conséquences sur la vie d’un couple. Pour les primipares, passer du statut de couple à celui de famille nécessite un temps d’adaptation pour que chacun trouve sa place. Durant les premières semaines, parfois les premiers mois, le côté érotique de l’amante s’efface au profit de son rôle de mère. Ajoutez à cela la fatigue occasionnée et accumulée par le rythme du bébé, avec des nuits très courtes engendrant un manque de sommeil, et vous imaginez bien que ça laisse peu de temps à la « nouvelle » maman de penser à elle en tant que femme. Du coup, la sexualité est mise de côté.

D’autres facteurs entrent-ils en jeu ?

Durant cette même période, la femme est focalisée sur son bébé mais aussi sur ce corps qui garde encre les stigmates de la grossesse. Des kilos en trop, des verge- tures, des cicatrices, l’allaitement – les seins ne sont plus seulement une zone érogène mais la source d’alimentation du nouveau-né – sont autant de facteurs qui peuvent la déstabiliser. Elle se retrouve alors tiraillée entre ce nouveau corps et ses nouvelles fonctions. Elle passe du statut d’amante à celui de mère. Pour certaines, retrouver une vie sexuelle est culpabilisant. Elles ont du mal à trouver leur place.

(etc.) de la femme. Sans aller jusqu’à la de mascara ou du rouge à lèvres ? L’idée pénétration, les deux partenaires peuvent est de se (re)féminiser. Par petites touches, commencer par des câlins, de simples si nécessaire, caresses.

Oser parler

Communiquer ! Durant la période post- partum, c’est souvent l’homme qui est en demande de sexe, celui-ci ayant parfois été déjà mis entre parenthèse – plus ou moins longtemps – durant la grossesse. De fait, il peut ne pas comprendre les réticences de sa femme, son refus. D’où l’importance de formuler/verbaliser ses 

désirs ou ses frustrations même s’il est encore difficile, aujourd’hui, de parler de sexualité avec son partenaire. Il faut également réinstaurer un climat de séduction. Exit donc le bas de jogging et la grosse culotte en coton. Pourquoi ne pas s’autoriser un haut sympa ou un brin de maquillage, un peu

La libido, elle se provoque, se travaille et s’entretient ! Aussi faut-il créer des situations : on confie bébé à un proche pour profiter d’un break en amoureux, le temps d’un dîner par exemple, histoire de se reconnecter. Cette pause ne peut être que bénéfique pour le couple, à commencer par la mère qui va pouvoir se poser un moment. Et ainsi penser à elle.

Mais le rôle du père n’est pas passif. En tant que conjoint, il peut multiplier les gentilles attentions. Il peut soulager sa femme en se levant la nuit pour donner le biberon, gérer les tâches ménagères, etc. Et surtout, la rassurer sur le fait qu’elle est toujours aussi belle et désirable malgré ses kilos superflus. Autant de petites attentions qui aident à renouer avec le désir. Seul impératif, s’écouter et ne pas se forcer.

Quand faut-il consulter ?

Ça dépend des situations et des couples. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il ne faut pas attendre d’arriver au conflit et de laisser traîner la situation jusqu’à ce qu’elle s’envenime. Si l’un des deux conjoints n’est pas bien, il est préférable de s’adresser à un professionnel, pas forcément ensemble, dans un premier temps.