Article écrit par Nathalie Vermorel Journaliste pour le magazine « BUZZ »en interrogeant Charlotte de Buzon intervenant en qualité de consultante en Santé Sexuelle et Sexothérapeute à Nouméa.

Les jeunes calédoniens et leur sexualité : un Tabou ?

Ils ont beau fanfaronner, il n’empêche qu’en matière de sexualité,les ados n’en mènent pas large. Entre préjugés, ignorances et idées reçues, l’apprentissage de leur sexualité n’est pas un long fleuve tranquille. Buzz fait le point avec Charlotte de Buzon.

Quel regard porte les jeunes sur (leur) sexualité ?

Fait étonnant, ils ne parlent pas plus de sexualité que les adultes et lorsqu’ils s’expriment, c’est le plus souvent sur le ton de la rigolade. Paradoxalement, ils sont nettement plus sévères que leurs aînés. Pour exemple, une fille qui a eu plusieurs relations est jugée comme facile et ça, c’est dans le meilleur des cas. En revanche, un garçon qui multiplie les conquêtes, c’est normal (…) De plus, ils ont leurs propres codes en ce qui concerne la fidélité, sur ce qui est faisable ou pas y compris en matière de sexe. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les filles se révèlent encore plus dures que les garçons.

C’est-à-dire ?

Étonnamment, elles ont un langage très cru et sont très souvent impitoyables sur les agissements de leurs semblables. La contradiction, c’est que ces jeunes sont finalement assez libérés sexuellement. Coucher le premier soir ne leur pose pas de problème.
Alors, pourquoi pas ? Toutefois, la question est de savoir s’il s’agit d’un vrai choix, réfléchi et assumé, ou la simple sensation de rentrer dans l’âge adulte en ayant des relations sexuelles, à l’image de leurs aînés.

Quelles sont leurs interrogations ?

Les garçons sont nombreux à se demander comment donner du plaisir à leur partenaire, convaincu que celui-ci se limite à la pénétration.

Les préliminaires, les câlins sont pour ainsi dire exclus de la relation ou tout du moins mis de côté. Quant aux filles, elles n’osent pas non plus donner de la tendresse… À croire que la relation sexuelle ne tourne qu’autour de l’acte. Laisser monter le désir, prendre son temps, se découvrir (etc.) leur est totalement inconnu.

Y en a t-il d’autres ?

Leur grosse angoisse, c’est de savoir s’ils sont fertiles ou non, sexes et ethnies confondus. Ils vont même jusqu’à prendre le risque de ne pas utiliser de préservatif ou de moyen contraceptif. J’ai vu plusieurs cas de filles qui ont choisi de ne pas se protéger juste pour voir si elles étaient capables de tomber enceinte !
Evidemment, c’est ce qui s’est passé et elles ont eu recours à l’avortement (…)

Quel message peut-on leur faire passer ?

On ne le répétera jamais assez, le pire ennemi de la fertilité, ce sont les maladies et les infections sexuellement transmissibles à l’image de la syphilis ou du chlamydia, deux infections sournoises du fait de l’absence de symptômes : elles ne grattent pas, ne démangent pas, ne brûlent pas. Bref, elles ne font pas mal. Sauf qu’à l’intérieur, elles causent des dégâts parfois irréversibles qui peuvent passer inaperçus jusqu’au jour où le désir d’avoir un enfant se manifeste et là les difficultés arrivent . D’où l’importance de se protéger en utilisant un préservatif.
Dans le cas ou deux partenaires choisissent la prise de la pilule, je leur conseille de faire chacun un test d’urine et une prise de sang pour être certains que ni l’un ni l’autre est porteur d’une IST ( Infection Sexuellement Transmissible)

Et les parents dans tout cela ?

Aborder la sexualité avec son ado reste encore tabou dans la plupart des familles. C’est pourtant aux parents de les guider. Attention, la question n’est pas de pénétrer dans leur intimité ou de dévoiler ce qui se passe dans la chambre parentale, encore moins de les inciter à avoir et à multiplier les rapports sexuels. Tout l’enjeu est de leur donner les clés pour que leur sexualité ne se résume pas à une affaire technique. Lorsque les parents abordent la question de la sexualité, c’est généralement sous l’angle de la prévention en évoquant le préservatif et/ou la pilule contraceptive. Mais ça ne suffit pas.

Que dire alors ?

Dans l’expression relation sexuelle, il y a le mot relation ! Aux parents de leur rappeler que derrière toute relation sexuelle, il y a la notion de rencontre, furtive ou amenée à durer, qui suppose quoi qu’il en soi, des échanges, du respect, de la tendresse et du plaisir. Et d’amour aussi ! Et si certains parents sont trop mal à l’aise pour aborder le sujet, les ados peuvent toujours parler avec un médecin ou un adulte en qui ils ont confiance.

Les jeunes sont-ils vraiment en attente de ces échanges ?

Ils sont en demande, c’est un fait ! En tout cas, c’est ce qui ressort de mes interventions en milieu scolaire et dans les maisons de quartier. On ne fait pas son éducation sexuelle en regardant la télé ou en surfant sur le net ! Ce qu’ils aimeraient, c’est de pouvoir en parler librement avec quelqu’un qui ne soit pas dans le jugement ni dans le reproche.