Article écrit par Nathalie Vermorel Journaliste pour le magazine masculin « Mister »en interrogeant Charlotte de Buzon intervenant en qualité de sexothérapeute, praticienne Sexologue Nouméa.

HOMMES SOUS PRESSIONS (SEXUELLES) !

En pleine mutation, l’identité masculine peine à se frayer un chemin sur un terrain encore mouvant. Si la guerre des sexes est en voie d’être dépassée, les nouveaux mâles n’ont d’autre choix que celui de se réinventer. Décryptage.

Dans une société qui connaît de profondes mutations dans les rapports entre les deux sexes, où l’image du mâle traditionnel s’est peu à peu effacée au profit d’une multitude de modèles, la forteresse masculine a fini par s’effondrer. Au point que les hommes ne savent plus sur quel pied danser. C’est qu’après des décennies de frustrations féminines, l’égalité progressive des sexes ne se fait pas sans heurts. Comme l’explique Serge Hefez, psychiatre et psychanalyste, auteur de l’ouvrage Dans le cœur des hommes, « l’homme est confronté à un nouveau questionnement d’ordre psychologique. Si sa virilité, ce n’est plus d’être dominant par rapport à une femme, qu’est-ce que c’est ? Chacun cherche à trouver une réponse avec une certaine angoisse (…). » Et celui-ci d’avancer : « Le fait est que la caricature de l’homme viril, dominant, macho ne peut plus fonctionner aujourd’hui, très fortement battue en brèche par la réalité de notre société. Il n’y a plus une seule façon d’être un homme. On n’est plus une certaine forme de guerrier, de père, d’individu ayant pouvoir et autorité dans la société. Désormais, il y a mille chemins que chacun doit trouver pour habiter son identité masculine. »

Comment ça marche une femme ?

Dans son ouvrage, « Pourquoi mon mec est comme ça ? », Nicolas Riou porte un regard sur le développement personnel des hommes d’aujourd’hui, « entre influence féminine et réaffirmation du machisme ». « Attaqué depuis les années 90, le modèle masculin traditionnel, symbole de domination, de force, de performance, a tenu malgré tout jusque dans les années 2000. Puis l’identité masculine a volé en éclats, conséquence de toutes les mutations sociales et économiques. On a alors beaucoup parlé de l’homosexuel puis du métro-sexuel, de l’übersexuel et enfin du néo-macho… Aujourd’hui, l’identité masculine s’est enfin libérée de tous les excès. L’homme est descendu de son piédestal. Il exprime ses émotions, prend soin de lui sans être jugé, s’épanouit dans sa vie familiale. »

Une égalité castratrice ?

De là à dire que l’identité masculine est en proie à une vraie mutation, il n’y a qu’un pas que Charlotte de Buzon, sexothérapeute à Nouméa, franchit allègrement.« Après des décennies de frustrations, les femmes ont renversé la vapeur.En inversant les rôles, elles ont changé la donne, déroutant au passage ces messieurs qui s’avouent pour beaucoup totalement dépassés. Et c’est valable sur tous les plans, y compris en matière de sexe. Aujourd’hui, les femmes osent davantage draguer, avoir une aventure d’un soir. En prenant les rênes, comme les hommes jusque-là, elles en mettent plus d’un mal à l’aise. » À l’image de Dimitri, Casanova de trente ans qui ne s’est toujours pas remis de sa dernière conquête. « Avec cette fille, je voulais une relation stable, épanouie et douce. Mais elle, ce qu’elle voulait, c’était juste du sexe (…). »

« Emporté dans ce tourbillon de contradictions, l’homme doit trouver sa place »

Dans cette course à l’égalité, certaines femmes ont par ailleurs « une position ambivalente », comme le souligne Charlotte de Buzon. « Aujourd’hui, elles veulent tout : l’amour, une carrière et des enfants (pour certaines). Elles revendiquent une place dans la société. Mais, focalisées sur leur désir de rétablir l’équilibre, elles ont tendance à être extrêmes. Elles veulent un homme doux, câlin, attentif et séduisant. Mais dans le même temps, elles le rêvent aussi viril et fort. Elles souhaitent qu’il assume son boulot tout en restant attentif et disponible dans sa vie personnelle. Bref, qu’il assure sur tous les fronts ! Pris dans ce tourbillon de contradictions, l’homme finit par s’y perdre. »

D’autant qu’en accédant à une autonomie financière, les femmes se sont pour ainsi dire « masculinisées ». Elles s’illustrent et s’essoufflent (aussi) aujourd’hui dans la trilogie travail, amour et famille alors que les hommes effectuent le chemin inverse. « Ils expriment leurs émotions, prennent soin d’eux, s’épanouissent dans leur vie personnelle et familiale. Ils se sont mis aux fourneaux et même aux couches-culottes. En un mot, ils se féminisent ! (…) L’homme d’aujourd’hui ne ressemble en rien à ses aïeux. Et c’est d’autant plus flagrant avec les jeunes générations. Plus proches de leurs enfants, ces pères d’un genre nouveau n’hésitent plus à s’en occuper. Et y prennent même beaucoup de plaisir », affirme Charlotte de Buzon.

En quête de nouveaux repères

Bref, en osant son émancipation, la femme moderne a placé la barre très haut. Aux exigences portées jadis (à savoir être une bonne mère et une bonne maîtresse de maison), elle s’est greffé de nouvelles ambitions jusque-là typiquement masculines telles que réussir sa vie professionnelle ou atteindre l’orgasme, renvoyant à son partenaire une partie de la pression sociale qui pèse désormais sur ses épaules. « Si les femmes ont aujourd’hui réussi à se positionner, de nombreux hommes n’ont pas encore trouvé leur place. Normal quand on leur demande d’être désormais aussi à l’aise avec leurs attributs physiques qu’avec ceux empruntés à la féminité. Et c’est là toute leur difficulté que de trouver le bon équilibre », conclut la sexothérapeute. Seule certitude, cette confusion des genres et des rôles ferait de notre époque l’une des plus déconcertantes pour ces hommes en quête de nouveaux repères. Des hommes à qui il reste à réinventer leur (nouvelle) identité. Et à chacun de se l’imaginer !