Refaire sa vie après un deuil  

Témoignage de Jean, 73 ans, Farino.

Jean a peur de la réaction de sa famille.

Je suis veuf depuis 3 ans. Malheureusement ma femme est partie trop vite. J’ai été terrassé pendant 2 ans. Puis, il y a 1 an, j’ai retrouvé par hasard une ancienne collègue de travail à Nouméa. Nous nous sommes revus et puis un jour est arrivé ce qui devait arriver. Je vais 2 fois par mois à Nouméa pour la voir. A chaque fois, je dis que je vais chez le médecin et que je dors chez un ami sans préciser qui. Je suis vraiment attaché à cette femme mais je n’ose pas en parler à ma famille. Mon fils m’a dit un jour que si je remplaçais sa mère il ne me le pardonnerait jamais. Par contre, ma fille ne souhaite pas que je reste seul. Je ne veux faire souffrir personne mais je n’ai plus envie de me cacher. Je suis perdu.

 

On ne parle pas assez souvent de deuil

Merci Jean pour votre témoignage si touchant. On ne parle pas assez souvent de deuil. Il est extrêmement douloureux de perdre la personne avec qui on a partagé sa vie. Cette absence est une souffrance pour le conjoint mais aussi pour les enfants.  Le deuil se vit différemment pour chacun d’entre nous. La famille, ce socle, prend alors une autre dimension. Vous avez perdu votre femme et vos enfants ont perdu leur mère.

Difficile d’accepter le changement

Votre fils en tenant ces propos, vous dit que personne ne pourra remplacer sa mère. Il a raison aucune femme ne la remplacera et cela il doit le comprendre. Votre fils n’a pas fini de faire son deuil. Il peut vous exprimer ses émotions mais ne peut vous faire un chantage affectif. Il confond sa vie de famille au sens large et votre vie. Pourtant, il s’agit bien de votre vie en tant qu’individu. Vous ne souhaitez plus vivre seul et surtout ne plus vous cacher. Ce qui est complètement légitime.

Etre un homme et pas seulement  un père.

Aussi, votre fille vous comprend et souhaite votre bonheur. Vous pourriez dans un 1er temps en discuter avec elle. Et ensuite, laisser plus d’indices sans en parler directement à votre fils. Rien ne sert de l’annoncer de façon officielle. Ainsi cela se fera plus sereinement.

Pourtant, votre fille et votre fils doivent bien se douter de quelque chose. En effet, ils ne montrent aucune inquiétude du fait que vous alliez 2 fois par mois chez un médecin à Nouméa et que vous logiez chez un ami qu’ils ne connaissent pas. Ils ne vous posent aucunes questions. Ils n’osent surement pas aborder le sujet avec vous qui êtes leur père. La sexualité en général est un sujet tabou alors la sexualité des parents et seniors l’est encore plus.

Le droit au bonheur

Vous avez le droit de nouveau au bonheur et de profiter de la vie. Vous resterez toujours un bon père et un bon grand-père aimant. Je vous souhaite d’être heureux avec votre compagne ainsi qu’avec tous vos proches.

Charlotte de Buzon.