Crise de couple : affronter ses vieux dossiers

Article écrit par la journaliste Marion Courtassol  pour le journal  » Les Nouvelles Calédoniennes » en interrogeant Charlotte de Buzon, Sexologue à Nouméa.

Parce qu’une relation extra-conjuguale ou certaines disputes, apparemment pardonnées et réglées, ne le sont pas vraiment. Il peut être utile de faire le point avec son conjoint. Afin, de ne pas voir régulièrement le passé interférer dans le présent et mettre en péril un avenir à deux.

Les Nouvelles calédoniennes :  Que représentent ce que vous appelez les vieux dossiers ?

Ce sont des situations, dramatiques ou pas, que le couple a vécues.  Parfois,  l’un des membres du couple n’a pas totalement digérées. On pense que c’est réglé, mis de côté, mais malheureusement ce type de rancœur ou de malaise va ressortir : quand il y a un conflit. Même s’il y a eu des discussions, que ce qui s’est passé a été pardonné.  Il peut rester une forme de sentiment d’insécurité et d’injustice qui peut perdurer très longtemps.

Il peut rester une forme de sentiment d’insécurité et d’injustice.

Comment ces sentiments interfèrent-ils dans la vie d’un couple ?

Paradoxalement, cela peut servir d’attaque ou de défense. Une sorte de bombe à retardement qui permet de prendre le dessus sur l’autre « avec ce que tu as fait, tu n’as pas droit la parole ». Ce type de réflexion, basé sur de vieilles choses, ressort à l’occasion d’une dispute, dans un contexte complètement différent. Cela empêche d’avancer sur le problème présent et crée une faille supplémentaire.

Quels sont les ressorts de cette rancœur ?

Elle provient, notamment, d’un besoin de rééquilibrage de ce que l’un ou l’autre a pu faire. Cet équilibrage est tellement subjectif qu’il n’est pas réel, c’est souvent ça qui met les couples dans des situations d’incompréhension. Car la personne qui ressort ces vieux dossiers est persuadée d’être dans son bon droit, de détenir la vérité. Sauf qu’elle détient uniquement sa vision des choses. Arriver à se dire que sa propre vérité n’est pas la vérité absolue est extrêmement compliqué.

Il faut essayer de soigner la douleur ressentie par l’autre. Peut-être a-t-il le sentiment de ne pas avoir été assez écouté ?

Comment sortir de ce ressenti ?

Parfois, la solution extrême est de ne pas accepter la situation et de s’en aller. Mais si on décide d’accepter et de rester cela veut dire que l’on avance. Ce qui signifie que l’on ne va pas se servir du passé comme d’une arme.

Comment faire pour aller de l’avant ?

Si vous ressassez le passé ne fait pas avancer. Cela n’exclut cependant pas de reparler de ce vieux dossier quand quelque chose, une chanson, une situation, ravive de mauvais souvenirs. En parler, donc, mais d’une façon apaisée, pour être rassuré. Et que l’autre entende ce que la personne a encore à dire, de quoi elle a besoin pour aller de l’avant.

Quel est l’écueil le plus important que vous constatez chez vos patients ?

Certainement, le « Je voudrais que ce soit comme avant » : quand un couple rencontre ce type de problème, il y a un avant et un après. Mais ce n’est pas pour cela que le futur ne peut pas être bien. Il faut apprendre à consolider la relation autrement. Le passé, on ne peut plus rien y faire. Sans acceptation, on ne peut pas avancer.

En revanche, on peut s’en servir comme d’une référence, pour que cela ne recommence pas, et faire de ce vieux dossier un dossier classé.

Que peut-on agir concrètement ?

Si vous apprenez à communiquer sans tomber dans le reproche peut vous aider. Vous pourriez remplacer, par exemple, « j’en ai marre que tu ne ranges jamais ton linge » par « ce serait sympa si tu pouvais mettre tes affaires au sale, ça me simplifierait la vie ». Car le reproche est quelque chose de négatif qui ne peut pas être entendu comme « oui bien sûr, je vais le faire ».

Souvent, on dégaine  un argument « oui, mais toi… ». Et la spirale est engagée.

Aussi, on peut  se mettre à la place de l’autre pour voir comment on réagirait si les mots qu’on a prononcés nous avaient été adressés.