Les jeunes en Calédonie

ET LE PORNO

Les jeunes calédoniens entre 15 et 25 ans regardent-ils du porno ? Quels sont les impacts sur leurs comportements ? Doit-on s’en inquiéter ? Doit-on les surveiller ?

Plusieurs études existaient sur ce sujet en métropole mais rien n’avait été fait ici en Calédonie . J’ai dirigée cette enquête  spécifique sur le porno et les jeunes Calédoniens.

400 jeunes calédoniens ( 200 garçons et 200 filles) ont été interrogés  afin d’établir un état des lieux et savoir quel impact avait le porno sur eux. Voici un résumé des résultats.

Regarder un film Porno est devenu, pour beaucoup de jeunes, le premier rite de passage vers la sexualité. Quel impact peut avoir sur l’adolescent cette représentation des rapports sexuels ?

Ainsi, le constat est flagrant : grâce à la démocratisation du porno sur Internet, n’importe qui, indépendamment de son âge, peut avoir accès à des contenus X avec un simple « clic ».

En effet, le véritable risque de la pornographie serait alors de croire que la sexualité est vécue de cette façon dans la réalité et de la reproduire.

Les schémas proposés par ces films sur la manière d’obtenir du plaisir ont pour conséquence de nier la spécificité des individus, en ne prenant pas en considération leurs sentiments et leurs particularités.

Or, les films X montrent une mécanisation des relations sexuelles et une vision technique et génitale de la sexualité. 

En fait, les films porno ne sont pas réalisés pour un apprentissage de la sexualité mais uniquement dans un but mercantile; c’est une industrie !

De plus, les rapports entre les individus y sont faussés : les hommes sont des dominateurs toujours dans l’exigence et la performance et les femmes soumises et pseudo-consentantes à toutes les envies des autres.

A quel âge regarde t-on du porno ?

A partir de 14 ans, c’est l’âge moyen du 1er visionnage de porno . Mais on peut  aussi s’étonner que 20% des ados ont vu du porno à 11 ans !

Ici , en Nouvelle Calédonie, sans distinction de sexe on remarque que le pourcentage varie et augmente sensiblement avec l’augmentation de l’âge. En effet, à 15 ans, 59% ont déjà vu un film porno et ce taux augmente pour atteindre 86% pour les jeunes de 20 ans.

A titre de comparaison, peut faire remarquer que 87% des adultes en France ont vu un film X et que ce taux progresse peu et se stabilise.

Film ou images porno ?

Quand on demande à un jeune calédonien : As-tu déjà vu des films porno ?

73% reconnaissent avoir déjà regardé au moins une fois un film porno.

Mais le plus surprenant est que 100% des jeunes interrogés, 

filles et garçons confondus, ont déjà vu des images porno !

 Cela s’explique par le fait qu’il y a beaucoup de partages et d’ échanges d’images via les smartphones. Certains jeunes vont recevoir sur leur tel ces images sans avoir à les chercher, envoyées ou partagées par les  fameux « Amis « via FB, Instagram, Snapchat… et ce dés le collège.

Est ce trop jeune ? Sûrement considérant que ces images sont initialement conçues pour des adultes avertis de + de 18 ans . 

Les garçons regardent plus que les filles

Le taux varie considérablement dès que l’on analyse les données par genre. En effet, 41% des filles indiquent n’avoir jamais regardé un film porno contre, seulement 12.5% chez les garçons.

77.5% des garçons et 59% des filles en Calédonie ont visionné un ou plusieurs films porno .

Légalement un ado peut avoir des relations sexuelles dès 15 ans, mais n’a pas le droit de voir un film Porno avant 18 ans. Paradoxe ou protection ? Disons que les images ne sont pas vraiment adaptées à leur niveau de connaissance ni à leur sensibilité. Des explications s’imposent.

Les relations sexuelles dans la vie sont- elles comme dans les films Porno?

La réponse majoritaire des jeunes Calédoniens est  NON à 78% . Les jeunes seraient, a priori, conscients de la fiction de ce qu’ils voient et que ces films restent dans le domaine du fantasme.

Aussi, il est important de relever et de s’interroger sur les 22% qui ont répondu OUI et donc pensent que les relations sexuelles sont à l’image du porno. Il est probable, qu’il y ait un effet de mimétisme et ainsi dériver sur une sexualité non adaptée qui peut se révéler forcée aussi dans les pratiques.

Ces résultats mettent en évidence un dysfonctionnement de la perception de ces jeunes qu’il convient de prendre en considération. Sur les 22 %, qui croient que les relations sexuelles se pratiquent sur le modèle des films X, on peut s’inquiéter sur leur mode de pensée.

Ainsi, le porno devient le modèle a reproduire faute d’avoir d’autres informations sur la sexualité.

La sexualité de plaisir  et de partage s’apprend.

En effet, c’est un apprentissage à acquérir sauf qu’il n’y a pas d’enseignement sur la sexualité. Il existe des cours sur la reproduction humaine de quelques heures au collège, quelques notions de prévention sur les MST ( Maladies Sexuellement Transmissibles) ainsi que sur les méthodes de contraception. Pour le reste chacun va se débrouiller comme il peut, en allant chercher ça et là différentes infos pas toujours justes ni adaptées.

Du coup,  le porno est une réponse facile en image de ce que peut être un acte sexuel. Aussi, il parait indispensable d’expliquer que ce n’est que de la fiction au même titre que les films d’actions.

Discuter, échanger et expliquer aux plus jeunes ce qu’est une relation sexuelle partagée et épanouie.  Les notions de respect, de bienveillance, de partage sont les bases pour une relation sexuelle.

 Rôle des parents

Etes-vous sûr que votre enfant n’a pas encore vu de porno ?

Vous dira t-il la vérité sans peur de se faire punir ? Comment allez vous réagir ? Comment le protéger ?

Que pouvez vous lui dire ?

Votre ado un jour ou l’autre regardera du porno, sans votre consentement. Vous pouvez lui interdire mais ça ne servira à rien. Expliquez lui que les relations sexuelles ne se passent pas de cette façon, que ce n’est pas la réalité. Tout ce que vous pourrez lui dire sera important.

Conséquences

De plus en plus souvent, je reçois en consultation, dans mon cabinet à Nouméa, des jeunes de – de 30 ans qui ont une sexualité à l’image du porno. Ils ou elles viennent me voir car leurs relations sexuelles ne leur conviennent pas. Mais ne savent pas pour autant comment faire.

Ces relations sexuelles sont souvent très « SEXE ». Comme si il fallait montrer que l’on est capable de faire telle ou telle pratique ou telle position comme dans un porno pour être « Bon coup ».

Sans compter, le nombre de jeunes hommes qui deviennent addictes au porno et ont pour seule partenaire leur main.

Ainsi que d’autres dysfonctionnements comme la panne d’érection, l’anorgasmie, l’anéjucalation…

Ces formes de sexualités ne sont pas réellement satisfaisantes ni enrichissantes. 

Le porno a un impact sur les comportement sexuels  des jeunes qui n’est pas vraiment positif.

La construction de la sexualité a besoin de notions tel que la tendresse, l’amour, le partage, la sensualité qui sont totalement absentes des pornos. Les acteurs de porno ne font jamais « l’Amour ». 

Informer sur la sexualité est fondamental pour pouvoir prendre le recul nécessaire et choisir ce que l’on souhaite faire.

Le porno est souvent la seule solution offerte aux jeunes pour découvrir la sexualité. Ce n’est pas pas suffisant et surtout très réducteur. Il existe des solutions pour apprendre à vivre sa sexualité de façon plus épanouie et surtout plus simple . Cela passe par l’information et l’éducation.

Parler de sexualité avec ses enfants est déjà une solution afin de les préparer à vivre le meilleur.

Charlotte de Buzon

Sexologue à Nouméa

Tel : 83.30.10