COUPLE : qu’est ce qui est acceptable ?

« L’exclusivité est l’une des bases du couple. Mais loin d’être fixes, ses contours dépendent de ce que chacun attend de cette vie à deux. L’écueil est qu’il est rare que le sujet soit évoqué avant que les problèmes apparaissent. Explications avec Charlotte de Buzon, sexologue et thérapeute de couple.

Article écrit par Marion Courtassol pour le journal LNC publié le mercredi 20 juillet 2022

Qu’est-ce que l’exclusivité dans le couple ?

C’est un élément fondateur. On décide que l’on est en couple quand deux exclusivités se mettent en place. La première est l’exclusivité sentimentale, l’autre est la physique. C’est donc le moment où l’on se dit que l’on ne va plus voir ailleurs ou aimer quelqu’un d’autre et que la relation sexuelle est réservée à son partenaire. Ce sont des notions qui se retrouvent dans les engagements du mariage, y compris dans le Code civil.

Comment sont définies ces limites ?

C’est presque tacite. On ne définit pas ce que l’on a le droit de faire ou pas, c’est ce qui complique les choses. Est-ce que « chatter » avec une personne qui est à l’autre bout du monde, une personne que l’on ne connaît pas mais avec qui on partage une sorte d’intimité, est une relation extraconjugale ? Est-ce qu’aller déjeuner avec un ou une amie sans prévenir l’autre est acceptable ? Envoyer des photos de soi, un peu intimes, sur les réseaux ? Avoir une complicité avec quelqu’un de l’autre sexe quand on est hétéro et ne pas le dire à l’autre ? On se rend compte que lorsque l’on est border line sur certaines petites choses, à partir du moment où on le cache, c’est qu’il y a quelque chose qui n’est pas tout à fait normal dans l’histoire du couple. Pourquoi a-t-on besoin de cacher cela ?

Ce sont donc les cachotteries qui posent problème ?

C’est vrai que d’apprendre que son compagnon ou sa compagne a déjeuné avec quelqu’un sans le dire, alors que ce n’est pas grave en soi, peut poser problème. Il faut en parler y compris quand l’autre est jaloux car cacher les choses ne va que renforcer cette jalousie. Mais, ces paramètres-là on n’en discute jamais ou très rarement et on le fait uniquement quand quelque chose ne va pas.

Est-ce un motif de consultation ?

Oui, les conflits par rapport à ce type de choses sont fréquents. Et la personne qui dépasse les limites se sent légitime en ayant la sensation de ne rien avoir fait de mal. Dans l’absolu, effectivement, il n’y a rien de mal à condition que ce soit en accord avec l’histoire du couple. Mais quand cela n’a jamais été discuté cela mérite de l’être.

Comment y parvenir ?

Il est important dès le début du couple de se dire ce qui est acceptable ou non, de surcroît avec les réseaux sociaux. Je vois en consultation des patients qui ont des relations sexuelles virtuelles avec des personnes. Ils se réfugient derrière le fait que c’est virtuel. Mais ce n’est pas comme regarder un film ou des images pornographiques tout seul. La personne n’est pas passive. À partir du moment où il y a des interactions, on est dans une relation extraconjugale.

Pour se défausser, certains disent « il n’y a pas de sentiment », d’autres soulignent l’inverse, « il ne s’est rien passé physiquement ». Ce sont des choses qui doivent être posées même si cela paraît évident. Dans les couples libres, dès le départ, il y a des règles : comment cela se passe, on se raconte les choses ou pas, il y a des codes pour éviter que cela dérape et que l’un ou l’autre en souffre.

« L’important est que le contrat soit clair pour les deux. »

Faut-il en passer par une transparence absolue ?

Non, car avoir des amis qui ne sont pas communs, des activités différentes, des temps pour soi, conserver un jardin secret c’est plutôt sain pour un couple. On n’appartient à personne mais si on s’engage dans cette exclusivité de couple, il y a des avantages et des inconvénients mais on ne peut pas prendre un peu des deux.

L’important est que le contrat soit clair pour les deux. L’idée du couple, c’est d’être mieux ensemble car on partage quelque chose et l’on se doit le respect mutuel.

COUPLE : qu’est ce qui est acceptable ?

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