La sexualité n’est pas naturelle

Article écrit par Marion Courtassol , journaliste aux LNC en interwievant Charlotte de Buzon , sexologue à Nouméa.

On la pense innée mais la relation sexuelle est le fruit d’un apprentissage. Celui de la connaissance de notre propre corps et de celle de l’autre mais aussi de la façon dont leurs différences peuvent conduire à des rapports harmonieux. Une fois de plus, le dialogue est la clé.

Les Nouvelles calédoniennes : Pourquoi affirmez-vous que la sexualité n’est pas naturelle ?

La seule chose que l’on connaisse, c’est notre mode de reproduction. On ne peut pas limiter la relation sexuelle à la pénétration vaginale. Ce que je constate c’est que tout le monde pense que les gens parlent de la sexualité, sauf eux. Tout le monde me dit « chez moi on n’en parlait pas ». Je leur réponds « Bienvenue, personne n’en parle ! » La sexualité est un tabou au sein de la famille dans toutes les sociétés. Même si les choses évoluent un peu, quand elle est abordée c’est pour parler des maladies sexuellement transmissibles ou de la contraception. On est persuadé que la sexualité est naturelle et innée, qu’il n’est pas nécessaire d’en parler.

Et ce n’est pas le cas ?

Non, car la sexualité est un apprentissage. L’objectif de départ de la sexualité est la reproduction. Etant des mammifères, notre système de reproduction est basé sur une pénétration vaginale fécondante. Mais pour y parvenir les mammifères doivent l’apprendre.

Si l’on fait référence aux mammifères, comment les animaux font-ils cet apprentissage ?

Les mammifères l’apprennent de deux façons : soit en voyant des congénères accomplir cet acte, soit en ayant une relation sexuelle avec quelqu’un de plus expérimenté qui va servir de guide. C’est la même chose pour un rapport reproductif entre êtres humains. La reproduction est la seule chose qui nous soit enseignée. On nous apprend qu’il faut une pénétration vaginale et que le spermatozoïde féconde l’ovule. Mais rien sur la sexualité plaisir.

Quelle est cette notion ?

En tant que mammifères, nous pouvons décider d’avoir une sexualité uniquement tournée vers le plaisir. D’ailleurs dans 99,999 % des cas lorsque l’on a des relations sexuelles, ce n’est pas pour avoir des enfants.

Cette sexualité plaisir est-elle plus innée ?

Pas du tout. Le corps des hommes et celui des femmes sont différents, les sources de plaisir ne sont pas les mêmes, donc comment connaître son propre fonctionnement, mais aussi celui de l’autre ? On devrait nous apprendre comment notre corps fonctionne et que ce n’est pas une honte d’en parler.

Quelle forme cela pourrait-il prendre ?

Les cours d’anatomie pourraient nous apprendre que la partie la plus sensible chez l’homme est le gland et que chez la femme, c’est le clitoris, un organe dont on ne parle jamais. De nombreux hommes et de nombreuses femmes passent à côté. Tout ne se limite pas à cela mais c’est une base importante. Chacun va essayer de comprendre l’autre mais va avoir un langage différent selon qu’il est un garçon ou une fille. Pour de nombreuses personnes, le plaisir féminin est uniquement axé sur le vagin, qui est très peu innervé. De plus, la pénétration vaginale n’est pas indispensable dans une sexualité de plaisir. Bien souvent, l’homme pense faire ce qu’il faut et la femme imagine que son plaisir ne peut venir que de là. Et tout le monde est déçu.

Comment lever ces incompréhensions ?

L’idée est de pouvoir en parler. Ce qui est compliqué car on est vraiment dans le domaine de l’intime et que c’est gênant. Le conseil que je donnerais est de discuter de sexualité mais pas au moment où cela se passe. On peut mettre en avant ce qui était chouette la dernière fois ou préciser certaines choses. Il y a aussi des différences physiologiques qui conditionnent nos comportements.

Quelles sont ces différences ?

Quand un homme est excité, on peut le toucher tout de suite. Donc, par mimétisme, il va toucher sa compagne dans le même temps. Sauf que chez la femme, à ce stade, c’est trop tôt, la sensibilité qu’elle a ne va pas être agréable. C’est pourquoi il est nécessaire de connaître son propre corps. Si elle ne le sait pas et que lui non plus, on reste sur une incompréhension. Elle va penser : « je n’aime pas qu’il me touche là » et lui va se dire « elle n’aime pas que je la touche ». Alors que l’on peut expliquer sans blesser : « Physiquement je n’ai pas les mêmes sensations que toi, mais tu ne peux pas le savoir. »

La relation sexuelle est un jeu dans lequel chacun va donner du plaisir, en avoir et en prendre à deux. Si l’un.e a mal, qu’il/elle n’a pas de plaisir ou n’a pas envie, il n’y a pas de jeu. C’est ensemble, au fil du temps, que l’on en établit les règles car il n’y a pas de vainqueur ou de perdant, mais juste du gagnant-gagnant.