Les Ados Calédoniens regardent du Porno

Les Ados Calédoniens

La majorité des jeunes Calédoniens disposent d’un smartphone et donc d’une fenêtre ouverte sur le monde et, notamment, sur les réseaux sociaux. Il est aussi impératif de les sensibiliser aux dangers liés à la diffusion de photos ou de vidéos personnelles. Des pratiques encouragées par les clichés des films X. Photo DR

PRÉVENTION.

La pornographie ne date pas d’hier mais le développement d’internet a grandement facilité son accès. Un problème en cette période de solitude et de confinement. Au point qu’il est nécessaire d’aider les adolescents à décrypter ces images pour leur permettre de se construire une sexualité épanouie.

Un accès facilité

De plus en plus d’ados et d’enfants sont soumis, volontairement ou involontairement, à des contenus, images ou vidéos, pornographiques en ligne. Certes, la pornographie n’a rien d’un phénomène nouveau, mais ce qui a changé c’est sa facilité d’accès via les téléphones portables, les tablettes, les consoles ou PC. Particulièrement pour les plus jeunes. L’âge de la première exposition, lui aussi, recule. « Une enquête que  j’ai menée auprès de 400 jeunes Calédoniens, âgés de 15 à 25 ans, montre que l’âge moyen du premier  visionnage se situe à 14 ans et que, dans 20 % des cas, il intervient dès 11 ans, » détaille Charlotte de Buzon, sexologue et thérapeute de couple à Nouméa.

Le confinement, une situation particulière

Ados et porno : « Ils n’ont pas le recul nécessaire pour savoir que ce n’est pas réel »

Avec le confinement, les adolescents sont encore plus sollicités car ils passent, pour la plupart, plus de temps sur les écrans. L’ennui aidant, la tentation peut être grande de surfer sur le web et de tomber sur des contenus inappropriés. D’autant plus que plusieurs sites pour adultes ont ouvert gratuitement leurs offres justement en raison du confinement.

Vidéo de ma chaîne Youtube : M’en Parle pas ! sexologue .Porno 

Rite de passage

Regarder un film porno est devenu, pour beaucoup de jeunes, le premier rite de passage vers la sexualité. Le véritable risque de la pornographie serait alors de croire que la sexualité est vécue de cette façon dans la réalité et de la reproduire. « La sexualité de plaisir et de partage est un apprentissage, rappelle la thérapeute. La seule  chose qui soit du registre du réflexe, c’est l’érection et la sécrétion vaginale liée à l’excitation. Mais faute d’information sur le sujet, le porno devient le modèle à reproduire. » Et Charlotte de Buzon de souligne : « Il existe des cours sur la reproduction humaine de quelques heures au collège, quelques notions de prévention sur les MST (Maladies sexuellement transmissibles) ainsi que sur les méthodes de contraception. Pour le reste, chacun va se débrouiller comme il le peut, en allant chercher ça et là différentes infos pas toujours justes, ni adaptées. »

Interdire pour protéger

De fait, la pornographie apparaît comme une réponse facile en images de ce que peut être un acte sexuel. « Il est donc indispensable d’expliquer que ce n’est que de la fiction au même titre que les films d’action. Les jeunes comprennent très bien que lorsqu’un acteur fait des tonneaux à 150 km/h dans un film et qu’il s’en sort indemne, c’est du cinéma. Mais ils n’ont pas le même recul avec la sexualité. » Ces films sont d’ailleurs interdits aux moins de 18 ans pour leur protection. « Parce que ces images peuvent être choquantes car c’est toujours assez brusque et violent. Au même titre qu’en dessous de cet âge, on n’a pas le droit de conduire ou de boire. Il est normal que les parents posent un interdit. Les ados n’ont pas la capacité de prendre de la distance et de réaliser qu’une relation sexuelle ne se passe pas comme ça. C’est une discussion que l’on peut avoir à partir de 12-13 ans. »

De la fiction à la réalité

Le passage de la fiction à la réalité, notamment lors du premier rapport, peut apporter son lot de surprises et de déception. « Je reçois de plus en plus souvent en consultation, dans mon cabinet à Nouméa, des jeunes de moins de 30 ans qui ont une sexualité à l’image du porno. Ils ou elles viennent me voir car leurs relations sexuelles ne leur conviennent pas. Mais ils ne savent pas pour autant comment faire, » observe Charlotte de Buzon

Culture de la performance

Autre observation : « Ces relations sexuelles sont souvent très « sexe ». Comme s’il fallait montrer que l’on est capable de faire telle ou telle pratique ou telle position ou de « tenir le plus longtemps » possible. Sans compter, le nombre de jeunes hommes qui deviennent addicts au porno. Et ont pour seule partenaire leur main. D’autres dysfonctionnements comme la panne d’érection, l’anorgasmie, l’anéjaculation peuvent aussi apparaître…Ces formes de sexualité ne sont pas réellement satisfaisantes ni enrichissantes. »

Revenir à la base

Autre distorsion de la réalité, « les femmes toujours d’accord pour avoir une relation sexuelle et ne sont là que pour assouvir les fantasmes de l’homme. » C’est pourquoi il est aussi fondamental d’aborder la question du consentement. Mais aussi celle du partage : « Il faut leur rappeler que la sexualité c’est un partage entre deux personnes consentantes. Ce peut être quelque chose de très beau avec des caresses, de la tendresse, des baisers. C’est aussi l’expérimentation, la découverte de son propre corps et de celui de l’autre. Encore une fois, ce n’est pas inné, » souligne la sexologue.

Comment réagir ?

« En s’intéressant à ce qu’ils regardent. L’idée n’est pas de juger. Il faut leur signifier les choses clairement.  : “Je ne veux pas t’interdire mais te guider vers des choses plus soft et plus adaptées à ton âge”. » On peut aussi contrôler le temps passé devant car il peut y avoir une forme de dépendance. On peut, par exemple, jeter un coup d’œil sur l’historique, à l’insu ou pas de son enfant. Encore une fois, il ne s’agit pas de juger mais de protéger. Si l’ado en regarde un peu, on peut être tolérant. Mais si, il passe trois heures devant chaque jour, il va falloir ouvrir un dialogue. Et puisque cette période de confinement, nous fait passer beaucoup de temps ensemble, autant en profiter, » suggère la spécialiste.

Article écrit par Marion Courtassol pour LNC